Entends-tu
Mon pays
La chanson que je fais pour toi
Je l’ai sortie de ma poche
Elle est encore toute froissée
Comme un billet
Un vieux deux piasse
Avec une reine imprimée
Qui ne reigne plus sur personne
Mais qu’il faut quand même gagner
Le matin
Dans le train
Dans mon métro délavé
Je vois passer des incertains
Et des gens automatisés
Qui font la file
L’esprit tranquille
Cachés dans le creu des villes
Le travail c’est la santé
Quand c’est toi qui brasse les dés
Je me sens mal
Même anormal
De ne pas avoir de métier pour te tisser
Mon pays
Une couverte pour te tenir en vie
Te tenir au chaud
À l’abris de la météo
Entends-tu
Mon pays
La chanson que je fais pour toi
Je la chante un peu tout croche
C’est vrai que je ne sais pas chanter
J’ai appris comme ça sur le tas
Un peu comme on gosse des bouts de bois
Ou que d’autre se trouvent des hobbys
Quitte au pire à les inventer
Et le soir
Quand il fait noir
Quand ils ne rentrent pas trop tard
Ils redescendent de leurs étages
Seulement pour lire les premières pages
Des nuls
Des nuls
Encore des nuls
Faut croire que c’est ça la formule
Qu’avec ça tu peux pas te tromper
C’est un stuff super pour laver
Je me sens cheap
Comme pas dans le beat
De ne pas être un haut gradé pour te coller
Mon pays
Des étiquettes sur ton habis
Des beaux galons
Pour te faire aller le pompon
Mais entends-tu
Mon pays
La chanson que je fais pour toi
Je sais
Tu aimes ça quand ça torche
Quand ce n’est pas trop compliqué
Mais pour bien crier des âneries
Tu as déjà tout ce qu’il te faut
Des clowns
Des bozos
Des messies
Des amateurs de rodéo
La nuit les rêves se succèdent
Comme des scènes dans un film muet
Si chaque image est immobile
C’est vraiment comme si ça bougeait
Mais quand arrive le générique
Et que cesse l’effet des pillules
Chacun se réveille amnésique
À la manière des somnambules
C’est pas vraiment que je trouve ça cool
Mais je partirais pas un pool
Sur ton avenir
Mon pays
Je beterais pas plus qu’un radis
Pis même encore
J’serais pas sûr de pas m’faire avoir
Et recommence la journée
Celle là un peu comme toutes les autres
Une toast
Un journal
Un café
Prêts à redevenir des apôtres
Ils embarquent dans les mêmes bateaux
Pour les mêmes trajets sans conquète
Et pour quelques heures de boulot
Ils gagnent le droit de disparaître…
Et dans les grand livres d’histoire
Leurs noms ne seront pas écrits
Ni même le tien
Mon pays
De toute façon personne les lit
Pis ceux qui le font
Oublient les bouts qu’ils trouvent pas bons






La création de cette oeuvre a été rendue possible grâce à l'appui financier du Conseil des arts et des lettres du Québec