Sur les plages de la métaphysique
Le psychanalyste se faisait bronzer
En caressant sa barbe rousse
Chaude et balnéaire
Un crabe dans son maillot lui pinçait le derrière
Et le vent caressait fidèlement son parasol
En ouvrant les yeux un instant
À l’horizon
Il parvenait à percevoir une longue silhouette
Qui se profilait dans l’évaporation de la marée descendante
Elle approchait
Au point de devenir quelqu’un de bien réel
C’était un drôle de type portant un lourd sac à dos remplis de cossins certainement inutiles
Backpacker de l’ennui
Résident du homeless guest house
Il était couvert de breloques et de guenilles achetées pas cher
À d’autres bohémiens usés
Le psychanalyste aimait bien poser des questions
C’était son passe temps favori
- Qui es-tu, d’où viens-tu, où vas-tu, pourquoi ?
- Je suis Poncho… Poncho Guitare. Je suis un inconscient. J’oublie tranquillement d’où je viens. J’ai encore un long trajet à faire. Je retourne chez moi.
J’ai presque cru que je serais parti pour toujours. Depuis longtemps, enraciné à la source, j’ai tenté en bon moderne de lutter contre l’éternel retour. J’ai maintenu la cadence et là, je suis ici.
Je suis dans le parti de ceux qui partent. C’est là que j’en suis. Ni plus ni moins. Je cherche mon pays.
Le psychanalyste se sentait pour le moins interpellé
Cet homme marchant
À la recherche d’utopies silencieuses
Portait effectivement un poncho
Fièrement
-Vide ton sac Poncho! Tu me fais de l’ombre et je veux savoir.
Poncho déposa son lourd bagage sur le sable
Et tranquillement
Il se mit à déballer sa quincaillerie de machines diverses
De curieux accessoires s’empilaient devant lui
Des potentiomètres
Des led display
Des noizy faders et des blue screen of death
Disposés sur de larges écrans craqués et jaunis
Des machines inconnues et inventées
Reliées par un réseau de câbles complexe
Prenaient l’allure d’une cité nocturne parsemée de lumières colorées
Tout était prêt
Ne restait plus qu’à appuyer sur le bon bouton
- Ok… Check ben la passe…
Un seul grand coup sur le space bar de l’éternité fit retentir de faux tams-tams mal accordés
Et Poncho chanta sa chanson
Entends-tu, mon pays… ?






La création de cette oeuvre a été rendue possible grâce à l'appui financier du Conseil des arts et des lettres du Québec